Validé par le Parlement européen le 16 juin 2026, l’accord de Turnberry stabilise le cadre commercial entre l’Union européenne et les États-Unis — mais à un niveau tarifaire que le secteur cosmétique français juge incompatible avec sa compétitivité sur ce marché. Avant 2024, les exportations de cosmétiques vers les États-Unis étaient taxées à 0 %. Elles pourraient remonter à 15 % à la suite de la ratification de l’accord, après être passées successivement par 15 %, puis 10 % depuis février 2026.
De 0 % à 15 % : une trajectoire en trois étapes
Jusqu’en 2024, les cosmétiques français exportés vers les États-Unis bénéficiaient d’une franchise douanière totale. La situation a basculé à l’été 2025 : les nouvelles mesures tarifaires américaines ont porté le taux à 15 %. Une phase de négociation a temporairement ramené ce niveau à 10 % en février 2026. L’accord de Turnberry, signé le 27 juillet 2025 et validé par le Parlement européen, prévoit un plafond général de 15 % sur la plupart des produits européens exportés outre-Atlantique, ce qui anticipe un retour au taux supérieur pour les cosmétiques.
La Fédération des Entreprises de la Beauté (Febea) qualifie cette trajectoire de “choc majeur” pour la filière. “La Febea comprend l’importance de placer la relation commerciale entre l’Union européenne et les États-Unis dans un cadre contractuel stable, déclare Emmanuel Guichard, délégué général de la Febea. Cette stabilité ne peut pas se traduire par une hausse durable des droits de douane pour un secteur aussi exposé que la cosmétique française.”
Le premier marché export sous pression
Les États-Unis demeurent le premier débouché export de la cosmétique française, avec 2,35 milliards d’euros d’exportations en 2025. Mais cette position s’est dégradée de façon marquée : les ventes vers ce marché ont reculé de 19 % sur un an, une contraction qui s’est prolongée au premier trimestre 2026 avec une nouvelle baisse de près de 20 % par rapport au premier trimestre 2025.
Au total, la Febea estime les pertes cumulées à environ 800 millions d’euros — soit 541 millions d’euros de manque à gagner constaté en 2025, auxquels s’ajouteraient environ 250 millions d’euros supplémentaires au premier semestre 2026.
Ce recul s’inscrit dans un contexte plus large : pour la première fois depuis au moins vingt ans — hors période Covid —, les exportations totales de cosmétiques français ont enregistré un léger repli en 2025, à 22,4 milliards d’euros contre 22,5 milliards l’année précédente. La cosmétique demeurait pourtant le deuxième secteur exportateur français, derrière l’aéronautique et devant les vins et spiritueux.
L’UE comme marché de rééquilibrage
Si les exportations vers les États-Unis se contractent, les ventes dans l’Union européenne ont progressé de 4 % en 2025. La part du marché intracommunautaire dans les exportations totales est passée de 51,3 % à 54,3 %. Ce réajustement témoigne d’un redéploiement partiel vers les marchés domestiques européens, dans un contexte où la Direction générale du Trésor avait déjà documenté, dès l’automne 2025, l’exposition des exportateurs français aux nouvelles barrières tarifaires américaines.
La hausse de la part européenne ne compense cependant pas mécaniquement le volume perdu outre-Atlantique. Le marché américain est à la fois le plus important en valeur absolue et l’un des plus exigeants en termes de positionnement premium — un terrain difficile à remplacer par des volumes redistribués sur d’autres zones géographiques.
Une prochaine phase de négociation décisive
L’accord de Turnberry ne clôt pas les négociations commerciales UE–États-Unis. Il constitue un cadre-mère à partir duquel des accords sectoriels complémentaires restent possibles. La Febea situe précisément sa demande dans cette prochaine phase : obtenir un retour à 0 % de droits spécifiquement pour les produits cosmétiques, en s’appuyant sur la singularité du secteur — exposition élevée, poids dans la balance commerciale, positionnement premium difficile à préserver sous pression tarifaire.
“Les États-Unis restent notre premier marché export, mais les exportations reculent fortement”, précise Guichard. L’issue de cette prochaine séquence de négociation conditionnera en partie les décisions de positionnement, de tarification et d’allocation de volumes vers le marché américain pour les marques et laboratoires dont les gammes sont distribuées outre-Atlantique.